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Centre Cis Valcenis en Haute Maurienne

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Fiche environnement :
La flore des Evettes

Les facteurs de richesse

La flore du massif des Evettes, en la considérant depuis le fond de la vallée de l'Ecot jusqu aux limites glaciaires, soit entre 2.027 et 2.588 mètres, est l'une des plus riches et des plus concentrées de nos Alpes françaises du Nord. Comme pour le Mont-Cenis ce cumul est dû à différents facteurs soit géographiques, soit climatiques ou historiques.

A - Facteurs géographiques :

La position charnière sur la dorsale des Alpes où se rencontrent les grandes vallées transversales de la Maurienne ou des affluents du Pô (Stura di Val Grande) a permis l échange ou la réintroduction de plantes qu'on trouve, par exemple plutôt dans les massifs piémontais du Grand Paradis (cas du Sénecon uniflore, de la Valériane celtique, etc.).

L'altitude joue en faveur d'une flore boréale ou arctico-alpine relictuelle, vestige des anciennes glaciations qui ont favorisé de tels contingents il y a moins de dix mille ans. Des espèces comme la Saxifrage à feuilles opposées, la Renoncule des glaciers, la Silène acaule ou la plus rare Toffieldie boréale relèvent de cette obédience et se maintiennent grâce à l'environnement élevé, se cantonnant au-dessus des niveaux forestiers dans l'étage alpin ou nival.

Le sol, de par sa constitution permet une flore parfois violemment contrastée. Les gneiss oeillés de Bonneval, visibles au bas de la vallée près du barrage de l'Ecot, accueillent des plantes acidophiles telles que Bupleurum stellatum qui s'épanouit en Haute-Maurienne en touffes opulentes, ou Primula pedemontana, I'une des plus jolies Primevères de nos Alpes occidentales Les sols basiques au contraire parmi lesquels les roches vertes du cirque des Evettes ou les schistes piémontais qui le supportent figurent les éléments locaux, supportent les Genépis ou les Saules nains des groupements basophiles tels que Salix reticulata ou Salix retusa.

 


B - Facteurs climatiques :

Les pentes formant le glacis et l'épaulement du cirque des Evettes sont franchement orientées au Nord, et conviennent par conséquent à une foule d'espèces boréales ou arctico-alpines tels que les Saules nains des combes à neige ou des congères accumulées au pied des parois; I enneigement prolongé de ces biotopes est l'un des facteurs principaux de leur survie. Le gel et le froid prolongé conviennent également à un grand nombre d espèces résistantes fixées aux parois dénudées ou aux vires ventées Le vent desséchant sélectionne sévèrement les plantes installées sur les vires ou les dos arrondis: l'Elyna queue de souris, la Laîche trifide ou le Jonc de Jacquin affectionnent ces lieux déshérités qui abondent vers le haut des pentes et les grands enrochements.

Gentiane ténue

Gentiane ténue

 


C - Facteurs historiques :

Le cirque et les pentes des Evettes ont moins subi l'influence humaine que les gras alpages ou les voies de passage historiques du massif proche du Cenis. Ce dernier fut fréquenté dès l'antiquité et vit les voies transalpines se succéder et se transformer d'âge en âge. Les constructions s'y développèrent avec l'exploitation pastorale et les charges du transit, sans compter l'implant militaire qui depuis le Premier Empire s'est toujours fortement développé sur ses hauteurs. Les Evettes par contre sont demeurées à l'écart de ces pressions. et les seuls refuges du Club Alpin ne s'y sont jamais succédés qu'à partir de 1906-1907, laissant le site quasi vierge de répercussions humaines. C'est ce qui explique aussi, en partie, le peu de rapports floristiques sur ce massif qui n'est guère cité avant le XXe siècle, alors que le Mont-Cenis fut dès le XVle siècle un haut lieu d'investigation botanique. C'est peut-être aussi ce qui a valu aux Evettes d'être relativement exempt de menaces d'aménagements, dont la plus sombre serait l'ennoiement du cirque en vue d'une retenue hydroélectrique. La flore en a été d'autant sauvegardée jusqu'à ce jour, alors qu'au Mont-Cenis de rares espèces, telles Cortusa matthioli, Saponaria lutea, Polygala pedemontana, Potamogeton filiformis ont disparu sous les eaux.

 

Primevère piémontaise

Primevère piémontaise

 


La recension floristique des Evettes

 

A - Le Séneçon uniflore

Il semble que les premières données floristiques portant sur les Evettes reviennent à l'anglais Harald Stuart Tompson qui prospecta la Haute Maurienne en l'année 1907. Cet amateur, pas toujours précis malgré son apparence, a surtout visité le Mont-Cenis, mais d'un rapide passage aux Evettes il note près du refuge le rarissime Séneçon uniflore (cf. "Liste des Phanérogames recueillies au-dessus de 8.000 pieds dans les districts du Mont-Cenis, de la Savoie, etc." par H.S. Thompson, parus en 1908 dans Bull. Acad. Intern. Géogr. Bot. XVIII pp 195 - 256). Cette plante fait partie d'emblée du lot des belles endémiques de la Haute Maurienne: on ne la connaît que sur quelques points du haut vallon de l'Arc, en amont de Bonneval, où elle affectionne les fissures des roches siliceuses aux éléments cristallisés.

Séneçon uniflore

Séneçon uniflore

 

Son aire surtout piémontaise (Grand Paradis) touche en de rares stations les Alpes de Savoie et du Valais. Elle ne sort guère de l'étage alpin où elle se cantonne entre 2.000 et 2.600 mètres, recherchant les faces Sud et Sud-Ouest. Sa disjonction en îlots relictuels la fait tendre vers des variations topiques, les échantillons de Maurienne différant par leur nanisme de ceux plus étirés du Valais. Cette "morphose" d'isolats souligne I'intérêt biologique des sites tels que les Evettes, d'où il paraîtrait téméraire d'extraire les plantes pour les implanter ailleurs. Fort heureusement les gîtes connus en dehors des Evettes, sur la rive droite de l'Arc, sont inclus de nos jours dans le périmètre du Parc de la Vanoise; la destruction en rive gauche éliminerait une plante sur cinq, ainsi qu'un biotope unique en son genre.

B - La Valériane celtique

Si Thompson, en 1907, a découvert le Séneçon uniflore aux Evettes, Nisius Roux, de Lyon, y note en 1908 la rare Valériane celtique (cf. "Herborisation dans la Haute Maurienne",1910, Annales de la Soc. bot. de Lyon, 25, pp XXX et XXXIX, et "Les plantes aromatiques des chaînes alpines de Savoie" par Nisius Roux, dans "La Parfumerie moderne", p.206-207,1920). Cette espèce, contrairement au Séneçon, se localise en plusieurs points dans les pentes Nord menant au cirque. Comme le Séneçon, elle n'est connue que de rares sites en face des Evettes, son aire étant piémontaise et touchant peu la Savoie comme le Valais. On en trouve par contre une deuxième zone dans les Alpes orientales précisément à la charnière de l'Arc froid du Nord avec les versants méridionaux. Cette zone orientale porte la sous-espèce norique, à fruits glabres, tandis qu'en Piémont et Savoie se localise la forme pennine à fruits velus. La plante se maintient à travers les Alpes entre 2.000 et 3.000 mètres.

Valériane celtique

Valériane celtique

 


 

C - Le capital floristique des Evettes

La flore des Evettes fut notée plus exhaustivement en 1920, quand le même Nisius Roux organisa les journées d'études de la Société Botanique de France. Le compte rendu en fut rédigé par Jules Offner (Bull. de la Soc. Bot. de France,1920, p. XLII à L). Cette recension est la première et l'une des plus importantes faites sur le secteur: elle porte en effet le résultat de trois jours d'investigations (30 et 31 juillet, 1er août 1920) dont une journée entière au cirque des Evettes, et bénéficie des notes de nombreux botanistes ayant pris part à l excursion. En 1956 encore, une bibliographie floristique sur les Alpes françaises ne cite que cette seule investigation en constatant que "les floristes se sont bornés pour la plupart à parcourir les régions classiques: Iseran, sources de l Arc, Mont-Cenis", et que "ce n'est qu'à une date relativement récente (1920) que Nisius Roux et Offner ont reconnu le bassin des Evettes et son exceptionnel intérêt floristique" (Bull. de la Soc. bot. de France 1956, mai-juin n° 5-6, p. 312). Le rapporteur Jules Offner a noté pour ce parcours 66 espèces entre Bonneval et l'Ecot, donc en fond de vallée depuis 1.790 jusque vers 2.027 mètres: il signale parmi les plantes remarquables Bupleurum stellatum, Rhodiola rosea, Phyteuma halleri, Festuca flavescens, qu'on rencontre encore de nos jours, et qui appellent, avec bien d'autres plantes, la protection de ce thalweg.

Sédum Rhodolia

Sédum Rhodolia

 

Puis, du Pont Saint-Clair au refuge des Evettes, à 2.588 mètres, soit sur 561 mètres de dénivelée, 98 plantes sont citées avec, parmi elles, Primula pedemontana, Chamaeorchis alpina et Tofieldia borealis. Aux environs du chalet-refuge, Offner note encore 34 espèces, dont les rares Valeriana celtica, Senecio uniflorus, Achillea herba-rotta et Primula graveolens. Dans les éboulis de l'Ouille du Midi, Nisius Roux complète la liste par 10 nouvelles plantes, et dans la moraine du glacier des Evettes par 18 autres, dont les trois Genépis (Artemisia glacialis, mutellina, spicata) et le bel Eritrichium nanum. La descente par les gorges de la Reculaz fournit de même 8 nouveautés, ce qui porte le total observé a 234 espèces, ce chiffre ne comportant que les espèces intéressantes du parcours.

Interet de cette flore

Plusieurs de ces plantes sont extrêmement localisées dans nos Alpes et comptent parmi les plus rares de France, telles Valeriana Celtica, Senecio uniflorus, Achillea herba-rotta, Androsace alpina Pri- l mula pedemontana, Primula graveolens, Gentiana tenella, Eritrichium nanum, Tofieldia borealis, Chamaeorchis alpins, Carex bicolor, Carex capillaris Carex frigida. Leur concentration est vraiment exceptionnelle dans le périmètre des Evettes, dû à la fois aux versants Nord frais et ombrés, aux enrochements du cirque tournés vers le Sud, aux biotopes glaciaires et morainiques du bassin supérieur. C'est la un conservatoire qu'une atteinte d'éradication importante soustrairait irrémédiablement à la recherche et à l'étude biologique.


Quelques livres ou études a lire. . .

  • FAVARGER (CL.) et ROBERT (P.A.) 1957 - Flore et végétation des Alpes - 2 vol. Delachaux-Niestlé.
  • FRITSCH Robert: Fleurs de Savoie - Ed. SAEP 1973. Bulletin Mensuel de la Société d'histoire Naturelle de la Savoie - Chambéry

Robert FRITSCH et la Commission Formation Education du CIS.

Dessins de R. FRITSCH










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